Les vertus de l’échec
Les vertus de l’échec : pourquoi tomber est (presque) indispensable pour réussir ?
On nous apprend à viser la réussite et à éviter l’échec, comme s’il était une tache sur le parcours. Pourtant, ceux qui réussissent durablement parlent presque tous de leurs chutes avec la même gratitude.
Un parcours en montagnes russes
Marc Simoncini, fondateur de Meetic, en est un bon exemple. Sa première société est liquidée. Il revend ensuite iFrance, puis perd tout et se retrouve endetté. Il traverse une période de dépression avant de rebondir avec Meetic, l’une des plus belles réussites de l’internet français. Plus tard, il connaît encore des échecs, comme le projet de vélos électriques Angell. Il a même consacré un livre à ce sujet, Grandeurs et misères des stars du net, pour réhabiliter l’échec et le présenter comme un tremplin. Dans un podcast récent, il échange avec le journaliste Hugo Clément sur ce que ces chutes lui ont appris.
Ils ont d’abord essuyé des refus
Mar Simoncini n’est pas le seul. Le premier Harry Potter de J.K. Rowling a été refusé par une douzaine d’éditeurs avant de séduire Bloomsbury. En 1962, une maison de disques a écarté les Beatles, jugeant que les groupes à guitares n’avaient plus d’avenir. Steve Jobs a été évincé de l’entreprise qu’il avait fondée, Apple, avant d’y revenir plus de dix ans plus tard pour la transformer. Michael Jordan, écarté de l’équipe principale de son lycée, a souvent dit que cet échec avait nourri sa détermination. Quatre domaines différents, un même point commun : le refus n’était pas la fin de l’histoire.
Ce que l’échec nous apporte
- Il nous apprend plus que le succès. Une réussite confirme ce que l’on sait déjà. Un échec nous oblige à comprendre ce qui a vraiment fonctionné, ou pas.
- Il forge la résilience. Celui qui abandonne au premier échec n’avait pas la résilience nécessaire, alors que celui qui se relève à une chance d’y arriver un jour.
- Il dégonfle la peur. Une fois qu’on a connu la chute et qu’on s’en est relevé, on craint moins la suivante. On ose davantage.
- Il nous recentre sur l’essentiel. Après une perte, on retient ce qui compte vraiment : ses valeurs, ses envies, ses vraies compétences.
- Il donne de l’humilité et de l’empathie. Quelqu’un qui a échoué comprend mieux les difficultés des autres.
Échouer ne veut pas dire être un échec
C’est la distinction essentielle. Un projet qui s’arrête, un poste perdu ou une reconversion qui piétine sont des événements, pas un verdict sur votre valeur. Beaucoup de personnes souffrent surtout du regard qu’elles portent sur elles-mêmes après une chute. Séparer ce qui s’est passé de ce que l’on est permet de transformer l’épreuve en expérience.
Un regard qui change selon les pays
En France, l’échec reste souvent vécu comme quelque chose de négatif, de honteux : on le cache sur son CV, on l’évoque à voix basse, et beaucoup préfèrent ne jamais tenter plutôt que de risquer de tomber. Ailleurs, le regard est très différent. Aux États-Unis, notamment dans le monde des start-ups, avoir échoué est souvent perçu comme une preuve d’expérience : on a osé, on a appris, on est mieux armé pour la suite. En Finlande, certaines universités organisent même chaque année une « journée de l’échec » pour dédramatiser le sujet. Certains chercheurs vont jusqu’à publier un « CV des échecs », où ils listent leurs candidatures refusées et leurs projets non aboutis.
Là où l’échec est accepté, on ose davantage, on se relève plus vite et on avance avec moins de honte. Peut-être est-il temps, nous aussi, de regarder nos chutes autrement.
Comment faire de son échec un tremplin
- Prendre le temps d’accuser le coup, sans se précipiter pour rebondir.
- Analyser sans se juger : qu’est-ce qui a marché, qu’est-ce que je referais autrement ?
- En parler. Le silence nourrit la honte, et le partage la dissout.
- Repartir par petites étapes, sans attendre d’être « prêt ».
- S’assurer d’avoir tout tenté, pour pouvoir tourner la page en paix, quelle que soit l’issue.
En conclusion
Les parcours de réussite ne sont pas des lignes droites. Ils sont faits de chutes, de doutes et de relèvements. L’échec n’est pas le contraire de la réussite : il en est souvent le passage obligé.
Et vous, quel échec vous a le plus appris ?

